Kasenyi : Le stade Tata Lisolo transformé en marché de bétail, une giflé hontée infligée au sport (billet)
Il y a des décisions qui en disent long sur la manière dont une société considère sa jeunesse, sa culture et son avenir. À Kasenyi, la transformation du stade Tata Lisolo en marché de bétail n’est pas une simple erreur administrative. C’est un symbole lourd, une gifle infligée au sport, à la jeunesse et à la mémoire collective.
Un stade n’est pas un terrain vide que l’on occupe par défaut. Tata Lisolo est un espace de vie, de rêves et d’espoir. Il a vu grandir des générations de jeunes, vibrer des foules, naître des talents et s’exprimer une identité commune. Le réduire aujourd’hui à un enclos pour bétail, c’est banaliser ce qu’il représente et nier sa valeur sociale.
Dans une région fragilisée par l’insécurité, les déplacements forcés et la précarité, le sport demeure l’un des derniers refuges de cohésion. Le football apaise les tensions, canalise les frustrations et offre à la jeunesse une alternative à la violence et au désœuvrement. Le sacrifier, c’est fermer les yeux sur une réalité pourtant évidente : là où le sport recule, les problèmes avancent.
Plus grave encore, cette décision révèle une inquiétante hiérarchisation des priorités. Comment peut-on tolérer que l’unique espace sportif structurant de Kasenyi soit livré à une activité pour laquelle d’autres sites existent ? Comment expliquer à un jeune qu’il doit croire en l’avenir, alors même que l’on détruit les rares cadres qui lui permettent de s’exprimer positivement ?
Au-delà de l’indignation morale, il y a un danger réel. Le stade, déjà délabré, est devenu un espace à risques. Y ajouter un marché de bétail, c’est aggraver sa dégradation et exposer davantage les joueurs à des blessures évitables. C’est accepter, par négligence, que l’accident devienne la norme.
Empêcher la tenue d’un match de Noël, c’est aussi priver une population éprouvée d’un moment de joie, de communion et d’espoir. C’est étouffer une fête populaire au profit d’une décision précipitée et mal pensée.
Ce qui se joue à Tata Lisolo dépasse le football. C’est la question du respect accordé à la jeunesse, de la place du sport dans le développement local et de la vision que les autorités portent sur Kasenyi. Gouverner, ce n’est pas improvisé. Gouverner, c’est protéger ce qui unit et construire ce qui élève.
Kasenyi n’a pas besoin de symboles de renoncement. Elle a besoin de choix courageux. Le stade Tata Lisolo doit être libéré, réhabilité et protégé. Le sport n’est pas un luxe. Il est une nécessité sociale, un outil de paix et un investissement pour l’avenir.
Sacrifier un stade, c’est sacrifier une partie de demain. Et Kasenyi ne peut pas se permettre ce luxe.
La Rédaction



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